Sunday, July 24, 2022
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Au Soudan, les civils refusent de collaborer avec l’armée, appelant à davantage de manifestations


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Sit-in le 4 juillet 2022 pour demander le retour à un régime civil et pour protester contre la mort de neuf personnes tuées lors des manifestations contre la junte le 30 juin, à Khartoum.

Le principal bloc civil du Soudan a rejeté mardi 5 juillet la proposition du général putschiste Abdel Fattah Al-Burhan de laisser la place à un gouvernement civil, dénonçant un « retrait tactique » destiné à maintenir l’affect de l’armée dans le pays.

Les Forces pour la liberté et le changement (FLC), colonne vertébrale du gouvernement civil limogé lors du putsch mené par le chef de l’armée le 25 octobre 2021, ont appelé à « maintenir la pression populaire » contre le pouvoir militaire, au sixième jour de sit-in anti-putsch dans la capitale et ses banlieues.

Lors de la « révolution » qui a renversé en 2019 un autre militaire, le dictateur Omar Al-Bachir, les manifestants avaient maintenu leurs sit-in huit mois durant. Ils avaient alors obtenu de l’armée qu’elle partage le pouvoir avec les civils des FLC pour mener le pays vers ses premières élections démocratiques.

Le putsch du général Al-Burhane a brutalement changé la donne en octobre. Son annonce de laisser la place à un gouvernement civil – de fait un retour au statu quo d’avant son coup de drive – n’a pas convaincu dans la capitale et ses banlieues où de nouvelles barricades ont été montées après son discours lundi soir.

« Rester au pouvoir pour toujours »

Le mouvement gagne désormais d’autres villes. Mardi, des centaines de manifestants ont lancé un nouveau sit-in à 200 kilomètres plus au sud, à Wad Madani, ont rapporté des témoins. « Nous ne partirons pas d’ici avant d’obtenir un gouvernement civil », déclare l’un d’eux à l’AFP, Mahmoud Mirghani. « On a lancé ce sit-in en réponse au discours d’Al-Burhane le putschiste. On veut la liberté, la paix, la justice et un gouvernement civil », renchérit une autre manifestante, Safa Abderrahim.

Les FLC, elles, ont vu dans l’annonce du général Al-Burhane « une trahison » et un moyen pour l’armée – aux commandes du Soudan quasiment sans interruption depuis l’indépendance en 1956 – de garder la haute foremost sur la politique et l’économie.

Automotive le général Al-Burhane a annoncé qu’aux côtés du gouvernement civil siégerait un Conseil suprême des forces armées dont il n’a pas défini les prérogatives. « C’est une façon pour Al-Burhane de rester au pouvoir pour toujours », affirme un manifestant à Khartoum qui a requis l’anonymat.

Pour Kholood Khair, spécialiste du Soudan pour Perception Technique Companions, « Al-Burhane déplace désormais la pression sur les civils », alors que le pays est privé de l’aide internationale depuis le putsch et pris entre dévaluation exponentielle et inflation à plus de 200 %. Et surtout, ajoute-t-elle, son Conseil suprême lui « permettra de maintenir les privilèges économiques » des militaires et paramilitaires.

114 morts et des milliers de blessés

« Tout le peuple soudanais a vu l’économie s’écrouler depuis le coup d’Etat », lance un manifestant à Khartoum, alors qu’aujourd’hui encore 80 % des ressources échappent au contrôle du ministère des funds. On ignore quelle est la half des militaires dans l’économie, mais ils tiennent de nombreuses entreprises allant de l’élevage de volailles au BTP.

L’armée aura les mains d’autant plus libres que le pouvoir militaire a « rétabli dans leurs fonctions des islamistes » du régime Al-Bachir, écartés sous le gouvernement civil limogé par le putsch, guarantee Mme Khair.

La rue, elle, veut la justice pour les 114 morts et les milliers de blessés de la répression du mouvement prodémocratie, selon des médecins. Or, décrypte Mme Khair, le général Al-Burhane « n’évoque pas la query de la responsabilité juridique ou financière » pour les victimes de la répression. « Al-Burhane doit remettre à la justice tous ceux qui ont tué [des manifestants] et il est le premier d’entre eux », affirme un manifestant à Khartoum qui veut conserver l’anonymat.

Des centaines de manifestants sont restées dans la rue malgré des tentatives de dispersion des forces de l’ordre, ont rapporté des médecins prodémocratie. « On ne fait pas confiance [à Al-Burhane], on veut seulement qu’il parte une fois pour toutes », affirme de son côté à l’AFP Mohannad Othmane, juché sur l’une des barricades à Khartoum.

Les capitales étrangères poussent depuis des mois civils et militaires à négocier un retour vers la transition démocratique, lancée en 2019 et interrompue par le putsch. Mardi, elles n’avaient toujours pas commenté l’annonce du général Al-Burhane ni la réponse des civils.

Mais le secrétaire général de l’ONU a dit espérer que l’annonce du général Al-Burhane « crée une opportunité pour obtenir un accord », tout en appelant à « une enquête indépendante sur les violences », dans un communiqué publié mardi.

Le général Al-Burhane, lui, s’est rendu à Nairobi pour « une réunion urgente » des cooks d’Etat de l’IGAD, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Est. Il y a discuté avec le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed après un nouvel incident frontalier entre les deux pays qu’opposent plusieurs contentieux.

Le Monde avec AFP

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